octobre 4, 2026
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Une alarme peut continuer à sonner sans pouvoir prévenir le centre de télésurveillance. Un ascenseur peut fonctionner normalement tout en perdant sa liaison d’urgence. Une voiture peut encore rouler alors que son système d’appel automatique ne parvient plus à joindre les secours. La disparition des réseaux 2G et 3G ne provoquera donc pas toujours une panne spectaculaire : elle peut créer une défaillance silencieuse, découverte uniquement lorsque le service devient indispensable.

Des millions d’équipements utilisent encore ces réseaux pour transmettre de faibles volumes de données, envoyer des SMS ou établir des appels vocaux. Leur ancienneté n’est pas nécessairement visible. Une borne de paiement, un portail, un compteur, une chaudière ou une installation photovoltaïque peut contenir un module cellulaire installé depuis dix ans, sans que son propriétaire connaisse la technologie utilisée.

La transition est déjà engagée, mais elle n’est ni simultanée ni uniforme. Chaque opérateur fixe son propre calendrier, sous le contrôle des autorités nationales. Un appareil compatible dans un pays peut donc cesser de fonctionner lors d’un déplacement ou après le retrait d’un accord d’itinérance dans un autre.

Pourquoi fermer des réseaux qui fonctionnent encore ?

Les fréquences radio sont une ressource limitée. Maintenir plusieurs générations de réseaux oblige les opérateurs à conserver des équipements, des compétences et des bandes de fréquences pour une quantité de trafic devenue marginale. Les fréquences libérées peuvent être réutilisées pour améliorer les réseaux 4G et 5G, plus performants et plus efficaces pour transporter les données.

En France, l’Arcep estime que la 2G et la 3G représentent désormais moins de 1 % du trafic. Plus de 99,8 % des sites équipés en 2G ou 3G disposent également de la 4G. Le régulateur considère que les opérateurs peuvent procéder à l’extinction sans réduction substantielle de la couverture, à condition que les utilisateurs disposent de terminaux et de services réellement compatibles avec les nouvelles technologies.

Cette dernière condition est décisive. Une bonne couverture 4G théorique ne garantit pas qu’un équipement ancien saura l’utiliser. Le réseau peut être disponible, mais le modem, la carte SIM, le firmware ou le contrat de connectivité peuvent être incompatibles.

Une extinction européenne profondément fragmentée

Il n’existe pas de date unique pour l’arrêt de la 2G ou de la 3G en Europe.

En France métropolitaine, les premières extinctions 2G ont commencé au printemps 2026. Selon les calendriers publiés par l’Arcep au 9 juillet 2026, la généralisation doit intervenir entre la fin septembre et la fin décembre 2026 selon les opérateurs. Les arrêts de la 3G sont annoncés entre 2028 et 2029 pour les opérateurs ayant communiqué une échéance. Ces calendriers restent susceptibles d’évoluer.

La migration est loin d’être terminée. À la fin de mars 2026, les opérateurs français comptaient encore 4,5 millions de cartes SIM utilisées dans des terminaux compatibles uniquement avec la 2G, ou avec la 2G et la 3G. Deux millions se trouvaient dans des appareils exclusivement 2G, malgré une diminution rapide au cours du premier trimestre.

Le Royaume-Uni offre une situation différente : tous les grands opérateurs y ont déjà arrêté leur réseau 3G, tandis que la 2G doit subsister plusieurs années. EE prévoit de commencer son extinction à partir de mai 2029 et le réseau 2G de Vodafone doit fermer au cours de 2030. O2 n’a pas encore annoncé de date d’arrêt complet, mais a déjà restreint depuis octobre 2025 l’accès de certaines cartes SIM étrangères en itinérance.

En Allemagne, la 3G a disparu dès 2021. Les trois réseaux 2G restants doivent fermer en 2028, avec certaines exceptions annoncées jusqu’en 2030 pour des applications IoT critiques.

Ces écarts rendent toute affirmation globale dangereuse. Dire qu’un produit est « compatible Europe » ne suffit pas. Il faut vérifier sa technologie, les fréquences prises en charge, l’opérateur utilisé, les accords d’itinérance et les dates applicables dans chaque zone de déploiement.

Quels appareils sont réellement menacés ?

Les téléphones anciens constituent la partie la plus visible du problème, mais probablement pas la plus complexe. Les équipements concernés comprennent aussi les alarmes de sécurité et d’incendie, les dispositifs de téléassistance, les terminaux de paiement, les distributeurs automatiques, les compteurs, les installations solaires, les traceurs de véhicules, les horodateurs, les bornes de recharge et certains systèmes d’appel d’urgence automobiles.

Ces appareils ont souvent été conçus pour fonctionner longtemps. Leur faible consommation de données rendait la 2G particulièrement adaptée : couverture étendue, modules peu coûteux et technologie disponible dans de nombreux pays. Une entreprise pouvait installer plusieurs milliers de capteurs en supposant que le réseau resterait exploitable pendant toute leur durée de vie.

Cette hypothèse n’est plus valide.

Certains équipements perdront toute connectivité. D’autres subiront une dégradation partielle. Un appareil peut, par exemple, transmettre des données en 4G mais dépendre encore de la 2G pour passer un appel vocal ou envoyer un SMS. La mention « 4G » sur une fiche technique ne prouve donc pas que toutes les fonctions survivront à l’arrêt des anciens réseaux.

Même certains terminaux capables de se connecter en 4G peuvent être affectés s’ils ne prennent pas en charge la voix sur 4G, ou VoLTE. La compatibilité dépend également des bandes de fréquences, de la carte SIM et de l’activation des services par l’opérateur. L’autorité allemande des télécommunications avertit explicitement que certains anciens appareils 4G ou 5G ne gèrent pas toutes les fréquences ou la VoLTE nécessaires.

Le cas critique des véhicules et du système eCall

Les véhicules illustrent le décalage entre la durée de vie d’un produit et celle du réseau qui lui a été intégré.

Depuis 2018, les nouveaux types de voitures particulières et de véhicules utilitaires légers homologués dans l’Union européenne doivent intégrer le système eCall 112. Une partie importante du parc existant utilise toutefois la 2G ou la 3G pour établir cet appel d’urgence automatique.

Une étude publiée par la Commission européenne en mai 2026 estime que jusqu’à 64 millions de véhicules pourraient perdre la fonctionnalité eCall si les extinctions nationales restent insuffisamment coordonnées. L’étude note que les solutions de seconde monte ne devraient pas être largement disponibles avant 2030 et recommande de préserver au moins un réseau à commutation de circuits jusqu’à cette date. Il s’agit d’une recommandation issue d’une étude commandée par la Commission, et non d’une obligation européenne déjà imposée à tous les opérateurs.

Le problème ne signifie pas nécessairement que les véhicules deviendront dangereux à conduire ou non conformes du jour au lendemain. Il signifie qu’une fonction de sécurité prévue lors de leur achat peut cesser de fonctionner, alors que son remplacement est techniquement coûteux et parfois impossible sans intervention du constructeur.

Pour les particuliers : une panne invisible et une responsabilité confuse

Un particulier peut ignorer que son alarme, son interphone ou son dispositif de téléassistance contient une carte SIM. Le contrat peut avoir été conclu avec un installateur, tandis que la connectivité est fournie par un autre prestataire, lui-même client d’un opérateur virtuel utilisant une carte SIM étrangère.

Lorsque la connexion disparaît, la responsabilité devient difficile à comprendre. Le fabricant peut considérer que le produit fonctionne encore. L’installateur peut renvoyer vers le fournisseur de connectivité. L’opérateur mobile peut ne pas connaître l’utilisateur final, notamment lorsque la carte SIM appartient à un intermédiaire international.

Le risque est particulièrement élevé pour les personnes vulnérables. Un médaillon de téléassistance ne doit pas seulement s’allumer lors d’un test local : il doit pouvoir établir la communication complète avec le centre d’assistance depuis le lieu où il sera réellement utilisé.

La bonne démarche consiste à demander au prestataire, par écrit, quelle technologie utilise l’équipement, sur quel réseau, jusqu’à quelle date et selon quelle procédure il sera remplacé. L’absence de réponse précise constitue déjà un signal de risque.

Pour les entreprises : le principal danger est l’inventaire incomplet

Dans une entreprise, le coût du nouveau modem est rarement le principal problème. La difficulté consiste à retrouver tous les équipements concernés, à déterminer leur dépendance exacte et à organiser les interventions avant l’arrêt du réseau.

Les appareils peuvent être dispersés dans des bâtiments, des véhicules, des armoires techniques ou des sites appartenant à des clients. Leur connectivité peut être incluse dans un contrat plus large et ne pas apparaître dans l’inventaire informatique. Certaines cartes SIM sont connues de l’opérateur, mais pas le modèle de l’appareil dans lequel elles sont installées.

Une migration exige souvent davantage qu’un changement de SIM : remplacement du modem, adaptation de l’antenne, mise à jour du logiciel, reconfiguration du serveur, nouveau contrat de données, tests de couverture et parfois nouvelle certification. Pour un ascenseur, une alarme incendie ou un équipement industriel, l’intervention peut également nécessiter un technicien agréé et une interruption planifiée.

Les cartes SIM d’itinérance internationale ajoutent une difficulté. Elles sont utilisées pour permettre à un appareil de choisir entre plusieurs réseaux, mais la chaîne contractuelle éloigne parfois le client final de l’opérateur local. Ofcom avertit que ces intermédiaires rendent l’identification et l’information des utilisateurs plus difficiles. Un service peut perdre l’accès à un réseau avant même l’extinction nationale complète de la 2G.

Migrer vers la 4G ne suffit pas à garantir l’avenir

La réponse commerciale la plus simple consiste à remplacer un module 2G par un module 4G. Cette stratégie peut être pertinente, mais elle reste insuffisante si l’entreprise ne vérifie pas la durée de support de la technologie choisie.

Plusieurs options existent selon les usages : 4G classique, LTE-M, NB-IoT, réseaux radio spécialisés, connexion fixe ou solutions satellitaires. Aucun choix n’est universel. Un terminal de paiement mobile, un compteur enterré et une alarme vocale n’ont pas les mêmes besoins en couverture, débit, consommation, mobilité ou temps de réponse.

Il faut aussi vérifier que la solution fonctionne sur plusieurs opérateurs et dans les pays concernés. Le NB-IoT et le LTE-M ne sont pas déployés ou ouverts à l’itinérance de manière identique partout. Une migration techniquement moderne peut donc recréer une dépendance aussi forte que l’ancienne si elle repose sur un seul réseau ou sur un fournisseur opaque.

L’exigence correcte n’est pas « compatible 4G », mais « compatible avec les services, fréquences, réseaux et zones nécessaires pendant la durée d’exploitation prévue ».

Les objets survivront, mais pas sans intervention

La disparition de la 2G et de la 3G n’est pas un accident imprévisible. Les calendriers sont connus depuis plusieurs années et la migration apporte des bénéfices réels en capacité, en sécurité et en efficacité des réseaux.

Cependant, l’existence d’une technologie de remplacement ne garantit pas la continuité de chaque service. Les appareils survivront uniquement si leur dépendance est identifiée assez tôt, si une solution compatible existe et si le coût de l’intervention reste acceptable.

Pour les particuliers, la priorité est de vérifier les systèmes de sécurité, de téléassistance, les véhicules et les équipements installés depuis plusieurs années. Pour les entreprises, il faut constituer un inventaire associant chaque carte SIM à un appareil, un site, une fonction, un opérateur, une technologie et une date de fin de service.

Le véritable risque n’est donc pas que la 2G ou la 3G s’arrête. Il est de découvrir, après l’arrêt, qu’un objet considéré comme secondaire assurait en réalité une fonction critique.